Maurice Filion
Personnage-clé de l'histoire des Nordiques, Maurice Filion a occupé avec beaucoup de poigne le poste de directeur-gérant durant 14 saisons.

Il fallait avoir du cran pour embarquer dans la folle aventure des Nordiques en 1972: une nouvelle ligue qui pouvait éclater à n'importe quel moment, une équipe québécoise constamment au bord du gouffre! En plein le genre de défi qu’affectionne l'intrépide Maurice Filion, originaire du quartier Ville-Émard à Montréal et entraîneur des Remparts de Québec de 1969 à 1972.

D'abord engagé comme dépisteur en chef, Filion se retrouve derrière le banc des Nordiques plus tôt qu'il ne l'avait prévu suite au départ précipité de Maurice Richard. Mais la vraie place de Filion, c'est le poste de directeur-gérant, auquel il accède à l'été de 1974. Informé de l'intention de Marc Tardif de quitter les Stags du Michigan au plus vite, il promet au talentueux ailier gauche qu'il sera à Québec bientôt. Mais l'impressionnant contrat de Tardif fait hésiter la haute direction des Nordiques, dont la caisse est déjà à sec. Filion doit mettre son poing sur la table: «Si je ne retrouve pas ma liberté d'action et si vous m'empêchez d'aller chercher Tardif à Détroit, je donne ma démission et vous vous arrangerez avec vos bébelles1». On s’incline et Filion passe aux actes. L’engagement de Tardif et de Christian Bordeleau, qu'il a volé aux Jets de Winnipeg, le fait passer pour un génie.

Autoritaire, Maurice Filion ne s'en laisse pas imposer et se fait bien des ennemis dans le vestiaire des Nordiques. En février 1976, il envoie le courageux capitaine Michel Parizeau à Indianapolis pour une question de gros sous. À l'été de 1976, il se met à dos la ville de Québec au complet en se montrant intraitable face à Réjean Houle; dégoûté, celui-ci retourne à Montréal où on l'attend à bras ouverts. Après une brève accalmie en 1977 imputable à la conquête de la Coupe Avco, Filion doit retourner derrière le banc en février 1978 pour ranimer un club en chute libre. Après une autre fin de saison décevante en 1978-1979, le directeur-gérant est sévèrement blâmé et vient bien près de perdre son poste. Heureusement, le nouveau défi de la LNH a tôt fait de le remettre sur pied.

Filion passe le test de la LNH avec succès. Évitant de tomber dans les pièges posés par ses collègues plus expérimentés, il bâtit lentement mais sûrement une équipe du tonnerre et prouve surtout que les francophones peuvent réussir au poste de directeur-gérant si on leur en donne la chance. Encore une fois de retour derrière le banc au début de la saison 1980-1981, Filion se retire presque aussitôt en faveur de Michel Bergeron, avec qui il formera un duo de «gagneurs» jusqu'en 1987. Il réalise d'excellentes transactions qui amènent Daniel Bouchard, Mario Marois, Wilfrid Paiement et Brent Ashton à Québec, mais il doit se départir de Marc Tardif et Réal Cloutier, des décisions qui font couler beaucoup d'encre.

Après quelques initiatives discutables (échanges de Hunter et Ogrodnick, embauche d'André Savard), sur un fond de performances à la baisse, le long séjour de 14 ans de Maurice Filion à la gérance des Nordiques prend fin à l'été de 1988. Relégué au poste plutôt vague de vice-président des opérations hockey, il revient à ses anciennes amours en février 1990 pour assurer l'intérim après le congédiement de Martin Madden. Une bien triste besogne, puisque Filion est forcé de laisser aller coup sur coup deux monuments, Michel Goulet et Peter Stastny. Après son départ des Nordiques à l'été de 1990, Filion continuera de s'investir dans le milieu sportif québécois: on le retrouvera avec la nouvelle équipe de football de l'Université Laval et avec la Ligue de hockey junior majeur du Québec, où il occupera les postes de vice-président et de préfet de discipline.

Notes de référence
1. Claude Larochelle, Les Nordiques: 10 ans de suspense, Sillery, Lotographie, 1982, p. 242.


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